le rêve (4)

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Nov 10, 2017 07:14 journal
À l’autre côté de la porte s’étendait une vaste pièce rouge. Une maquette minutieuse de chaque planète du système solaire était pendue au plafond. Le Jupiter, qui tournait lentement a attiré mon attention. À un coin de la pièce, j’ai vu des pieds d’un lit. Je m’en suis approché. Chaque fois que j’ai marché, mes pas ont fait un bruit sec et retentissant. Je me suis arrêté à côté de ce lit, et j’ai découvert qu’un immense morse se couchait.
Ses yeux noirs et ronds étaient grands ouverts. Son museau se convulsait sans cesse. La bouche était bée comme s’il avait toutes ses forces, la salive visqueuse en tombait comme un fil. À un moment-donné, ce morse gigantesque a respiré profondément. Le lit de fer misérable a terriblement grincé. Puis il a expiré. Son haleine était si terrible que si un parfumeur le sentait, son odorat serait détruit pour toujours. À ce moment-là, je me suis rendu compte que le bruit ressemblant à la vapeur d’une locomotive venait de là. Les deux yeux noirs du morse ont été fixés sur moi. Le liquide jaunâtre est tombé de sa dentition irrégulière. Une pile de chassie était collée autour de ses yeux.
« Je, je suis venu réparer une chaudière. Pouvez-vous me dire où elle se trouve ? », lui ai-je demandé en ramassant tout mon courage.
Le regard sombre toujours fixé sur moi, il a longuement gémi quelque chose. Mais je ne sais même pas si c’était une langue humaine ou la langue des morses.
Je lui ai dit de nouveau que j’étais venu réparer une chaudière, que mon professeur m’avait demandé d’y venir. Le morse a répondu par le même gémissement.
J’ai poussé un soupir. Alors que j’ai enfin trouvé la salle de chauffe, la seule chose que j’ai pu trouver était ce morse malade. C’est même possible qu’il souffrait aussi d’Alzheimer.
À ce moment-là, j’ai aperçu une affiche des Beatles à un mur derrière moi. Une idée m’a traversé l’esprit.
« Par hasard, n’êtes-vous pas le morse dans ‘’I Am The Walrus’’ des Beatles ? ai-je demandé.
- Oui, m’a-t-il répondu lentement d’une voix grave.
- Étiez-vous assis sur un banc anglais ?
- Effectivement. C’est il y a longtemps. Lorsque j’étais assis sur un banc anglais et que je regardais le soleil se lever, un jeune homme à lunettes rondes est passé devant moi. Nous avons échangé nos avis sur les mille trous de Lancashire et la victoire de l’armée britannique.
- Je suis très enchanté de vous rencontrer », lui ai-je dit en tendant la main.
Le morse célèbre s’est efforcé de lever sa patte, et a faiblement serré la main avec moi.
Sa patte était grasse et visqueuse, puait. Puis il a toussoté quelques fois.