Je joue à faire l'écrivain - 2

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Mar 11, 2018 22:42
En revanche, ce matin je préfère m’octroyer un espace pour moi. Ce brouillard communiste dissipé, je cherche à me rafraîchir la tête en me plongeant dans une mer que je connais très bien : la solitude des mathématiciens.

Je franchis la porte cochère du Palais de l’Horloge, le palais édifié sur les restes de la Tour, dite de la Renommée ("della Fame"), où le comte Ugolino, condamné à mourir de faim avec ses enfants, avait achevé son horrible repas.

Là se trouve la bibliothèque. Il me semble de me plonger dans les engrenages de l’horloge, comme si le temps s’était arrêté pour laisser la place aux anciens volumes. Des livres aux pages jaune qui retiennent encore la pensée de nos ancêtres, leurs savoirs, leurs désirs. Je parcours cet océan de paroles, d’idées, cet album de photos de la famille qui s’appelle Humanité. Je me sens perdu, comme dans un labyrinthe où j’entends encore les voix des enfants, des hommes et femmes d’autrefois. Pour un instant il me semble d’entendre les fils du comte qui offrent leurs chairs comme juste récompense à qui à leur donné la vie. Mes yeux survolent les différentes couleurs des bouquins qui se confondent et se fusionnent, comme le paysage à la fenêtre d’un train à grande vitesse dont les rails sont les étalières.

Finalement j’arrive dans ma salle préférée. Elle se trouve au cinquième étage, le dernier, dans l’aile de nord-est. C'est la chambre la plus sombre mais en même temps la plus tranquille du manoir, celle dédiée aux atlas, aux livres de géographie et aux grands voyages d’exploration.


J’y entre avec mes livres de maths concernant notamment le calcul des probabilité et l’optimisation combinatoire. Cette fois dans la salle il y a un air étrange.
Au-delà de deux grands globes qui se trouvent à l’entrée l’œil tombe sur une vieille dame assise devant un échiquier. Elle a l’air d’être une aveugle en raison de la canne typique qu’on peut voir à ses côtés et de son regard perdu dans le vide.