Je joue à faire l'écrivain - 1

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Mar 10, 2018 20:01
Dans mon corps coule du sang scientifique. Un troupeau de « bit » parcourt mon réseau neuronal et apporte les commandes de mon unité centrale, le cerveau, jusqu’à toutes les parties, même les plus éloignées et périphériques de cette cuirasse qui protège mon cœur, mon esprit, mon âme. Ces brebis se nourrissent des jolies petites fleurs qui forment des chaines infinies dénombrables, tout à fait naturelles, quelques fois rationnelles, mais souvent capricieuses et imprévisibles comme le pi-grec ou le nombre « e » de Néper. Pourtant, j’ai récemment découvert une petite veine, très fine, qui part directement de mon cœur et semble dessiner en toute liberté des tableaux surréalistes dont la beauté éclaire comme une étoile filante les parties plus sombres et inconnues de mon existence. C’est la veine littéraire.

Aujourd’hui il fait beau à Pise. L’air culturel de L’École Normale Supérieure se mélange avec les odeurs fumeuses d’une certaine classe intellectuelle d’extrême gauche qui voudrait changer la société civile, et même la planète, mais qui reste encore amarrée à un langage cryptique réservé à peu d’élus. Des intellectuels, des élus ? Je dirais plutôt des loups déguisés en agneaux. Ils portent des chaines dont leurs idées mêmes sont les maillons. Des idées brumeuses issues d’un matérialisme spirituel « en herbe ». Cet après-midi, j’ai rendez-vous avec Pierre pour aller à une de ces réunions prétendument léninistes révolutionnaires. C’est comme si je devais aller à la messe pour écouter des prêtres de l’athéisme qui savent bien prêcher ce qu’ils n’ont pas réellement vécu et qu’ils ne pratiqueront probablement jamais : l’égalité, la solidarité et la justice.

En revanche, ce matin je préfère m’octroyer un espace pour moi. Ce brouillard communiste dissipé, je cherche à me rafraîchir la tête en me plongeant dans une mer que je connais très bien : la solitude des mathématiciens.